SEUIL CRITIQUE

Exposition faisant suite à une résidence de création à la galerie du Dourven entre 2024 et 2026.

À travers cette exposition, Guillaume Lepoix et Thomas Daveluy engagent une pratique qui met un lieu à l’épreuve de sa propre image. En découvrant le Dourven pour la première fois, ravagé par la tempête, ils ont été marqués par ce fatras sauvage.
Dans ce parc, longtemps entretenu puis brusquement défait, les artistes cherchent ce point de bascule où le contrôle cède et où la matière reprend l’initiative. Le numérique (scan, photogrammétrie, projection) devient ici un dispositif d’écoute plutôt qu’un instrument de maîtrise : les manques, les glissements et les fantômes y sont accueillis comme les indices d’une mémoire matérielle. Leur démarche ne vise pas à réparer mais à rendre perceptible la résistance du réel à sa représentation, à ouvrir un territoire où chaque œuvre agit comme une strate de fouille plutôt qu’un résultat.

Leur méthode procède du protocole vers le geste. Les vidéos font trébucher le présent sur les volumes du passé ; les dioramas laissent la projection se briser sur les troncs et les pierres ; la sculpture conserve un fragment non pour le sanctifier mais pour loger le lieu en lui-même. La peinture, enfin, n’efface pas le numérique : elle le saisit, l’absorbe, le réincarne. Dans une démarche ni nostalgique ni démonstrative, leur intention demeure celle du témoignage d’un paysage fracassé qui donne lieu à un sublime désordre.

La vidéo ci-dessus, présentée en boucle à l’entrée de l’exposition illustre la déambulation chronologique des artistes dans le parc durant toute la durée de la résidence. Comme un dessin sur une feuille vierge, les tracés noirs créent des lignes qui, à l’instar du corps des artistes, explorent, arpentent, contournent, zigzaguent et traversent le paysage. Peu à peu, une cartographie se construit par accumulation de ces déplacements, révélant progressivement toutes les zones explorées au Dourven.

Vidéo  » Le réel se souvient mal  » présentée au sein de l’exposition. Concept : Guillaume Lepoix et Thomas Daveluy – réalisation : Thomas Daveluy
Combinaison de photographies, films et scans 3D, cette vidéo propose de voyager à travers un espace unique mais capturé sur deux temporalités différentes. Le film confronte deux états du même paysage : celui du désordre et celui de la restauration. Entre les deux, une mémoire s’obstine, non dans le récit, mais dans la déformation de l’image. Les volumes des arbres tombés, invisibles au spectateur, continuent de modeler le présent du paysage photographique. Le numérique devient le lieu d’un relief disparu : l’image vacille entre restitution et hantise.

Retours en images de l’exposition au Dourven :

Crédits photo : Yoan Brière /@yoan.briere et Léa Molinier / @leamopro